Dans une des paraboles de Jésus, un serviteur doit dix mille talents à son roi. Le roi lui remet sa dette. Ce même serviteur trouve ensuite un compagnon de service qui lui doit cent deniers, le saisit à la gorge et le fait jeter en prison (Matthieu 18:23–35). Toute l’histoire repose sur l’écart entre ces deux sommes. Un lecteur qui ne sait pas ce qu’étaient un talent ou un denier peut suivre l’intrigue, mais il manque le choc.
C’est le problème de chaque poids, de chaque mesure et de chaque pièce de monnaie de la Bible. Ces unités étaient ordinaires pour les premiers auditeurs ; elles nous sont étrangères. Une traduction peut les garder, les convertir ou les expliquer, et chaque choix gagne quelque chose et perd quelque chose. Cet article passe en revue les principales unités, les façons dont les traductions les ont traitées, et ce que fait Open Word Bible.
L’argent au poids
Les pièces de monnaie sont arrivées tard. Pendant la plus grande partie de la période de l’Ancien Testament, l’argent ne se comptait pas : on le pesait sur une balance. Quand Abraham achète un champ pour y enterrer Sara, il “pèse” l’argent à Éphron (Genèse 23:16). Les plus anciens mots de la Bible pour l’argent sont donc en réalité des poids.
- Le sicle était le poids de base, environ 11 ou 12 grammes. Le mot vient du verbe hébreu “peser”.
- La guéra valait un vingtième de sicle (Exode 30:13).
- La mine était un poids plus important, compté en général à cinquante ou soixante sicles.
- Le talent était le plus grand, la charge qu’un homme pouvait porter. Exode 38:25–26 suppose trois mille sicles par talent, ce qui, selon les estimations courantes, fait quelque chose comme 34 kilos (environ 75 livres anglaises).
Les poids variaient d’un lieu à l’autre et selon les époques. Il y avait un “sicle du sanctuaire” (Exode 30:13) et un étalon royal (2 Samuel 14:26). Tout chiffre moderne n’est qu’une approximation.
Le prix qu’Éphron demande pour le champ est de quatre cents sicles. Le dossier de Genèse 23:15 note que c’était un prix très élevé ; Jérémie acheta un champ pour dix-sept sicles (Jérémie 32:9). Notre niveau Équilibrée dit :
« Écoute-moi, seigneur. Une terre qui vaut environ 4,6 kilos d’argent, qu’est-ce que c’est entre amis comme toi et moi ? Va enterrer ta morte. »
“Environ 4,6 kilos” d’argent (en anglais, “about 10 pounds”) donne au lecteur quelque chose à se représenter. Les “400 sicles” de l’original ne sont qu’à un clic, comme nous le verrons.
Comme des poids honnêtes étaient la base d’un commerce honnête, les prophètes y reviennent sans cesse. “You shall have just balances, a just ephah, and a just bath” (“Vous aurez des balances justes, un épha juste et un bath juste”), dit Ézéchiel 45:10 dans la World English Bible. Amos condamne ceux qui rapetissent l’épha et grossissent le sicle (Amos 8:5).
Les pièces du Nouveau Testament
Au temps de Jésus, la Judée utilisait à la fois des pièces de plusieurs systèmes.
- Le denier était une pièce d’argent romaine. Dans la parabole des ouvriers de la vigne, le maître convient de payer “un denier pour la journée” (Matthieu 20:2) ; on le prend donc en général pour le salaire journalier d’un ouvrier. Le mot est δηναρίου (dēnarion).
- La drachme était la pièce d’argent grecque, d’une valeur à peu près égale. La femme de Luc 15:8 en a dix.
- Le statère de Matthieu 17:27 valait quatre drachmes, de quoi payer la taxe du temple pour deux hommes.
- Le lepte était la plus petite pièce de cuivre. Marc dit que la veuve pauvre en donna deux, “qui font un quadrant”, expliquant une pièce locale par une pièce romaine (Marc 12:42). Un quadrant valait un soixante-quatrième de denier : la veuve donna donc environ un soixante-quatrième d’une journée de salaire.
- La mine et le talent restaient des unités de compte plutôt que des pièces. Dans le système grec, une mine valait cent drachmes, et un talent soixante mines, soit environ six mille deniers.
Le serviteur de Matthieu 18 devait donc soixante millions de journées de salaire. Son compagnon lui en devait cent. Le dossier de Matthieu 18:24 ajoute que dix mille était le plus grand nombre d’usage courant en grec. La somme est faite pour dépasser tout calcul.
Longueurs et volumes
La coudée était la longueur d’un avant-bras, du coude au bout du majeur, environ 45 centimètres. Le temple d’Ézéchiel est mesuré avec une coudée plus longue, “une coudée et un palme” (Ézéchiel 40:5). Dans le Nouveau Testament, les distances plus grandes sont données en stades grecs, d’environ 180 mètres chacun (600 pieds), et en milles romains, de mille pas, un peu plus courts qu’un mille anglais moderne.
Pour les matières sèches comme le grain, la mesure ordinaire de l’Ancien Testament était l’épha, peut-être un demi-boisseau. L’omer valait un dixième d’épha, et le homer, peut-être “la charge d’un âne”, en valait dix. Les liquides se mesuraient au bath, qu’Ézéchiel 45:11 fait égal à l’épha, et au hin, plus petit. Les jarres de Cana contenaient chacune deux ou trois d’une mesure grecque pour les liquides, le μετρητὰς (metrētēs), d’environ 39 litres chacun.
Les estimations des spécialistes pour ces volumes divergent davantage que pour les longueurs. Nos propres dossiers le disent franchement. La note d’Ézéchiel 45:11 dit que les estimations modernes “diffèrent beaucoup”, que nos livres publiés donnent pour un épha environ 20 quarts américains, et que dans Ézéchiel, où le texte rend l’épha et le bath égaux, tous deux sont donnés à environ 6 gallons. (Ézéchiel n’est encore traduit qu’en anglais.) Une note de bas de page en avertit le lecteur.
Quatre façons de traiter une unité
Les traductions ont suivi quatre grandes approches, et la plupart les mélangent.
Garder l’unité. “Trois cents coudées”, c’est ce que dit l’hébreu, et cela garde le monde propre du texte. Le lecteur ne sait peut-être pas combien mesure une coudée, mais rien n’a été changé. Le prix à payer est que le chiffre ne dit rien à la plupart des lecteurs.
Mettre à la place une unité familière. Les anciennes Bibles anglaises empruntaient souvent les unités de leur temps. La version King James payait les ouvriers de la vigne “a penny a day” (“un penny par jour”), donnait aux serviteurs de Luc 19 “ten pounds” (“dix livres sterling”), remplissait les jarres de Cana de “two or three firkins apiece” (“deux ou trois firkins chacune”, une ancienne mesure anglaise), et faisait donner à la veuve “two mites, which make a farthing” (“deux mites, qui font un farthing”). En 1611, un penny était un salaire correct pour une journée. Aujourd’hui, ce n’est rien, et la parabole semble parler d’un patron avare. Les unités substituées vieillissent mal.
Convertir en mesures modernes. “135 mètres de long” dit tout de suite au lecteur quelle était la taille de l’arche. Mais la conversion a ses coûts. Elle peut suggérer plus de précision que personne n’en a, surtout pour les volumes. L’argent converti en euros ou en dollars se démode avec l’inflation. Et certains nombres de la Bible comptent en tant que nombres. La muraille de la nouvelle Jérusalem mesure 144 coudées, douze fois douze (Apocalypse 21:17). “Environ 65 mètres” est exact, mais les douze ont disparu.
Expliquer la valeur. Au lieu d’une monnaie, dire ce que la somme permettait d’acheter ou combien de temps il fallait pour la gagner : “une journée de salaire”, “quatre mois de salaire”. Cela ne se démode pas, parce que le salaire est une mesure humaine. C’est l’approche que suivent pour l’argent la plupart des traductions modernes fondées sur le sens. Son prix est qu’elle est moins exacte, et qu’elle est une interprétation de la valeur, non la traduction d’un mot.
Aucune approche n’est juste partout. En Ézéchiel 45:10, où les mesures elles-mêmes sont le sujet, nos niveaux Littérale et Équilibrée gardent en anglais “an honest ephah and an honest bath” (“un épha honnête et un bath honnête”), sans chiffres modernes. Dans une parabole, où il s’agit de savoir combien, beaucoup ou peu, le lecteur a besoin de la valeur.
Ce que fait Open Word Bible
Open Word Bible garde le sens à un seul endroit et laisse la formulation varier, si bien qu’elle n’a pas à choisir une seule de ces approches.
La décision de sens propre à chaque unité dit ce qu’elle était et, à peu près, ce qu’elle valait. Pour Matthieu 20:2, la décision est qu’un denier était “un salaire journalier normal et correct”. Pour Genèse 6:15, c’est qu’une coudée mesurait “environ 45 centimètres”. Ces décisions valent pour chaque niveau et chaque langue.
Le niveau Littérale garde toujours l’unité ancienne. Un lecteur qui étudie le texte voit des talents, des coudées et des éphas, comme l’original les donne.
Les niveaux Équilibrée et Simple donnent par défaut un équivalent moderne, et le réglage Mesures permet au lecteur de revenir à l’unité d’origine. Dans la liseuse, il n’apparaît que sur les pages qui contiennent des mesures. Comme tout réglage de lecture, il change la formulation, jamais le sens : trois cents coudées et 135 mètres sont la même longueur (voir Les réglages changent la formulation, jamais le sens). Les dimensions de l’arche, au niveau Équilibrée :
Voici comment tu devras la faire : l’arche aura 135 mètres de long, 22,5 mètres de large et 13,5 mètres de haut.
Avec le réglage Mesures sur “D’origine”, la même phrase donne 300, cinquante et trente coudées.
Pour l’argent, l’équivalent moderne est en général une valeur en salaires, non une monnaie. Matthieu 18:28 donne la dette du compagnon de service comme “environ cent journées de salaire”, et l’estimation de Philippe en Jean 6:7 comme “plus de six mois de salaire”. Pour les dix mille talents du premier serviteur, l’Équilibrée dit “une somme qu’aucun ouvrier ne pourrait gagner en cent mille ans”, et la Simple ajoute une phrase : “Personne n’aurait jamais pu rembourser autant d’argent.” Une décision du dossier explique cette phrase ajoutée : la Simple dit ce que la somme signifiait pour les auditeurs.
L’anglais emploie les pieds, les gallons et les milles. Les brouillons dans les autres langues emploient le système métrique : les jarres de Cana contiennent “20 to 30 gallons” en anglais, “80 à 120 litres” en français et entre 80 y 120 litros en espagnol. C’est une décision de formulation propre à chaque langue. La décision de sens, deux ou trois mesures d’environ 39 litres chacune, est commune.
Là où les brouillons font des exceptions
Les cas intéressants sont ceux où les brouillons s’écartent du schéma habituel, et disent pourquoi.
Quand un nom revient. Dans la parabole des mines, chez Luc, le mot “mine” revient sans cesse, à mesure que chaque serviteur rend compte. Le convertir à chaque fois rendrait le dialogue difficile à suivre. Chaque niveau garde donc “mine”, et la Simple l’explique une fois, dans une phrase à part :
Avant de partir, il a appelé dix de ses serviteurs. Il a donné à chacun d’eux une mine. Une mine était une somme d’argent qui valait environ cent jours de salaire. Il leur a dit : “Servez-vous de cet argent pour faire du commerce jusqu’à mon retour.”
La décision de formulation anglaise note aussi pourquoi l’ancien “pound” (“livre”) a été abandonné : il fait aujourd’hui penser à la monnaie britannique.
Quand la pièce n’est pas nommée. Judas reçut “trente pièces d’argent” (Matthieu 26:15). Matthieu ne dit pas de quelle pièce il s’agit ; l’Équilibrée et la Simple disent donc “trente pièces d’argent” et ne donnent aucun chiffre moderne. Une décision de sens, marquée incertaine, dit que s’il s’agissait de sicles, la somme représentait environ quatre mois de salaire, et une autre relève l’écho de Zacharie 11:12. Trente sicles, c’était aussi le prix d’un esclave en Exode 21:32.
Quand une taxe a un nom. Les percepteurs de Matthieu 17:24 parlent des “deux drachmes”. L’Équilibrée et la Simple disent “la taxe du temple”, parce que c’est ce qu’elle était : le demi-sicle que chaque homme juif payait chaque année pour le temple. Une note de bas de page l’explique, et le réglage Mesures donne “la taxe des deux drachmes”.
Quand un mot semble familier. Le parfum de Marie, en Jean 12:3, pesait une “livre”, mais une livre romaine, environ 330 grammes. Un lecteur moderne comprendrait “une livre” autrement (en anglais, “a pound” fait seize onces), si bien que l’Équilibrée et la Simple disent par défaut “environ 330 grammes” (en anglais, “about 12 ounces”).
Quand la petitesse est le point. Les deux leptes de la veuve deviennent, au niveau Équilibrée, “deux petites pièces de cuivre, qui valaient quelques minutes de salaire”, et au niveau Simple “deux toutes petites pièces de cuivre qui ne valaient presque rien”.
Grands nombres et nombres symboliques
L’Apocalypse pose une autre question. La nouvelle Jérusalem mesure 12 000 stades de côté, aussi longue que large et haute, et sa muraille 144 coudées. Nos niveaux Équilibrée et Simple donnent par défaut “environ 2 200 kilomètres” et “environ 65 mètres”. Mais les décisions de sens de ces versets, toutes deux marquées incertaines, ajoutent ce qu’une conversion ne peut pas montrer : douze mille, c’est douze fois mille, le nombre du peuple de Dieu en Apocalypse 7, et la forme cubique de la ville rappelle le lieu très saint du temple de Salomon (1 Rois 6:20). Un lecteur qui veut voir les douze peut passer aux unités d’origine, lire la Littérale ou ouvrir le dossier. Aucune de ces voies ne cache les autres.
Pourquoi c’est important
Dans bien des passages, la quantité est le message. La veuve a donné presque rien, et Jésus a dit qu’elle avait donné plus que tous les autres. La dette du serviteur pardonné était impossible à rembourser, celle de son compagnon ne l’était pas. Un lecteur qui perd le sens de l’échelle perd le sens du passage.
L’approche d’Open Word Bible essaie de donner les deux. L’unité ancienne est toujours là, au niveau Littérale et derrière le réglage Mesures. Le sens moderne est toujours là, aux autres niveaux et dans la décision de sens. Les brouillons sont faits avec l’aide de l’IA et aucun n’a encore été relu ; des chiffres comme ceux-ci sont précisément ce que les relecteurs doivent vérifier. Là où les estimations des spécialistes divergent, les dossiers le disent.
Pour savoir comment les niveaux et les réglages s’articulent, voir Littérale, Équilibrée, Simple : trois niveaux, un seul sens. Pour la question voisine de la façon dont les anciens comptaient le temps, voir Lire l’heure dans la Bible.
Ouvrez Matthieu 18, Genèse 6 ou Jean 2 et changez le réglage Mesures pour voir les deux formulations.