Le français est une langue de traduction biblique depuis environ huit cents ans. Il a produit des Bibles pour des rois et pour des réfugiés, pour des catholiques, pour des protestants et pour les deux ensemble. Aujourd’hui, la plupart des francophones vivent hors d’Europe, et la Bible française se lit à Kinshasa et à Abidjan autant qu’à Paris ou à Genève.
Les Bibles françaises médiévales
Les plus anciens textes bibliques en français, du douzième siècle, sont des traductions de livres isolés, en particulier des Psaumes. Au treizième siècle, des savants parisiens produisirent une Bible française complète, mais on débat encore de qui l’a faite, et comment.
La Bible française médiévale la plus copiée fut la Bible historiale de Guyart des Moulins, chanoine d’Aire, achevée dans les années 1290. Ce n’était pas une simple traduction. Guyart y combinait le texte biblique et une traduction de l’Historia scholastica de Pierre le Mangeur, un récit très populaire de l’histoire biblique accompagné de commentaires. Beaucoup d’exemplaires furent somptueusement enluminés pour des possesseurs royaux et nobles. Comme toutes les Bibles françaises médiévales, elle était traduite de la Vulgate latine, et elle coûtait cher, si bien qu’elle appartenait surtout aux riches.
Lefèvre d’Étaples
Au début du seizième siècle, l’humaniste Jacques Lefèvre d’Étaples, membre d’un cercle de catholiques désireux de réforme à Meaux, voulait que l’Évangile atteigne les gens ordinaires en France. Son Nouveau Testament parut à Paris en 1523. Sa Bible complète fut imprimée à Anvers en 1530, parce que les théologiens de la Sorbonne avaient rendu trop dangereuse sa publication à Paris. Il traduisait à partir de la Vulgate, en la corrigeant par endroits d’après le grec. Il ne quitta jamais l’Église catholique, mais sa Bible fut plus tard inscrite sur des listes de livres interdits.
La Bible d’Olivétan, 1535
La première Bible française traduite de l’hébreu et du grec fut protestante. Elle fut l’œuvre de Pierre Robert, dit Olivétan, cousin de Jean Calvin. Les vaudois, un mouvement dissident médiéval des vallées alpines qui avait décidé de rejoindre la Réforme, la commandèrent et la financèrent en 1532.
Olivétan travailla vite, en deux ans environ. Pour le Nouveau Testament, il s’appuya sur Lefèvre, révisé d’après le grec ; l’Ancien Testament était une traduction plus indépendante à partir de l’hébreu. Elle fut imprimée par Pierre de Wingle à Serrières, près de Neuchâtel, en 1535, la même année que la Bible anglaise de Coverdale. Calvin en écrivit une préface latine. Dans les décennies suivantes, l’Église de Genève révisa encore et encore le texte d’Olivétan, et la révision genevoise de 1588 devint la Bible des protestants francophones. Ces Bibles françaises, avec leurs notes et leurs numéros de versets, influencèrent la Bible de Genève anglaise (voir De Coverdale à Genève).
Port-Royal et Le Maistre de Sacy
La plus importante traduction catholique française du dix-septième siècle vint de Port-Royal, l’abbaye proche de Paris associée au jansénisme, un mouvement interne au catholicisme qui insistait sur la grâce et sur l’exigence morale, et qui fut plus tard condamné par Rome.
Son principal traducteur, Isaac-Louis Le Maistre de Sacy, fut emprisonné à la Bastille de 1666 à 1668 et y travailla sur l’Ancien Testament. Le Nouveau Testament de Mons de son équipe parut en 1667 et rencontra une vive opposition, en partie pour ses liens jansénistes, en partie parce qu’il mettait l’Écriture dans un français élégant et courant, pour des lecteurs laïcs. La Bible entière fut achevée après sa mort, en 1684. Traduite de la Vulgate dans le français limpide de Racine et de Pascal, elle fut lue pendant deux siècles, par les protestants comme par les catholiques.
Les protestants, de leur côté, mirent à jour le texte de Genève. David Martin à Utrecht (1707) et Jean-Frédéric Ostervald à Neuchâtel (1744) publièrent des révisions qui restèrent la référence jusqu’au dix-neuvième siècle.
Louis Segond
Au dix-neuvième siècle, le pasteur genevois Louis Segond fit une nouvelle traduction à partir de l’hébreu et du grec, achevée en 1880. Une révision publiée après sa mort, en 1910, devint la Bible protestante française la plus utilisée du vingtième siècle. La Segond 1910 est dans le domaine public, et elle est encore imprimée et lue, surtout en Afrique. Son Jean 3:16 dit :
Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle.
La World English Bible anglaise a “For God so loved the world, that he gave his one and only Son” (“Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, l’unique”). Les révisions ultérieures de la Segond sont protégées par le droit d’auteur.
Jérusalem et la TOB
La recherche française du vingtième siècle a produit deux Bibles d’importance internationale. L’École biblique dominicaine de Jérusalem publia la Bible de Jérusalem, en fascicules à partir de 1948 et en un volume en 1956. Traduite de l’hébreu et du grec, avec des notes fondées sur la recherche moderne, elle fut elle-même traduite en anglais sous le nom de Jerusalem Bible en 1966.
La Traduction œcuménique de la Bible (TOB), faite conjointement par des spécialistes catholiques et protestants avec une participation orthodoxe, suivit en 1975. Après quatre siècles de notes rivales dans les marges, catholiques et protestants avaient produit ensemble une seule Bible. Beaucoup d’autres traductions françaises ont paru depuis, la plupart protégées par le droit d’auteur.
Open Word Bible en français
Le français est l’une des langues dans lesquelles Open Word Bible est en préparation. Comme celle d’Olivétan, elle est traduite de l’hébreu et du grec, non de l’anglais, avec les mêmes décisions de sens que toutes les autres langues et ses propres décisions de formulation en français. Comme la TOB, elle expose son raisonnement, pour que des lecteurs de traditions différentes puissent l’examiner ensemble. Le travail est un brouillon rédigé avec l’aide de l’IA, qui attend des relecteurs humains nommés. Comme la Segond 1910, le résultat est libre d’utilisation.
Sources
- Berger, Samuel. La Bible française au moyen âge. Paris: Imprimerie nationale, 1884.
- Bogaert, Pierre-Maurice, éd. Les Bibles en français: histoire illustrée du Moyen Âge à nos jours. Turnhout: Brepols, 1991.
- Chambers, Bettye Thomas. Bibliography of French Bibles: Fifteenth- and Sixteenth-Century French-Language Editions of the Scriptures. Geneva: Droz, 1983.
- Delforge, Frédéric. La Bible en France et dans la francophonie: histoire, traduction, diffusion. Paris: Publisud; Société biblique française, 1991.
- Greenslade, S. L., éd. The Cambridge History of the Bible. Vol. 3, The West from the Reformation to the Present Day. Cambridge: Cambridge University Press, 1963.
- Cameron, Euan, éd. The New Cambridge History of the Bible. Vol. 3, From 1450 to 1750. Cambridge: Cambridge University Press, 2016.
- Olivétan, Pierre Robert, trad. La Bible qui est toute la saincte escripture. Neuchâtel: Pierre de Wingle, 1535.
- Segond, Louis, trad. La Sainte Bible. Édition révisée, 1910.
- Les citations bibliques sont celles de la Segond 1910 (domaine public) et de la World English Bible (domaine public), cette dernière donnée avec une traduction française propre à cet article.