La première Bible anglaise complète fut l’œuvre des disciples de John Wyclif, au quatorzième siècle. Mais ceux qui parlaient anglais mettaient des parties de la Bible dans leur langue depuis quelque sept cents ans déjà, en vieil anglais.

Le chant d’un vacher

Le récit le plus ancien vient de Bède, qui acheva son Histoire ecclésiastique du peuple anglais en 731 (livre 4, chapitre 24). Cædmon, vacher au monastère de Whitby, sous l’abbesse Hild, avait l’habitude de s’éclipser des festins quand la harpe passait de main en main, parce qu’il ne connaissait aucun chant. Une nuit, un personnage lui apparut en songe et lui dit de chanter la création, et il le fit. Les moines lui enseignèrent alors les récits de l’Écriture, et il les mit en vers anglais. Le récit de Bède comporte un miracle que nous ne pouvons pas vérifier, mais les historiens admettent que Cædmon a bien existé et qu’il fut un pionnier de la poésie chrétienne en anglais. Une copie de Bède faite vers 737 conserve son premier chant en anglais de Northumbrie. Il commence par Nu scylun hergan hefaenricaes uard : “Maintenant nous devons louer le gardien du royaume des cieux.”

La dernière phrase de Bède

Bède traduisit aussi. Son élève Cuthbert raconte ses derniers jours, en mai 735 : malgré la maladie, il dictait une version anglaise de l’Évangile de Jean, jusqu’aux mots :

Il y a ici un garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de gens ? (Jean 6:9)

Cuthbert raconte que le dernier jour, quand le scribe lui dit qu’il restait une phrase, Bède l’acheva et mourut en chantant “Gloire au Père”. Il ne dit pas à quelle œuvre appartenait cette phrase, et la piété a pu façonner la scène. La traduction elle-même est perdue.

Lois, gloses et prose

Le roi Alfred de Wessex (qui régna de 871 à 899) ouvrit son code de lois par les Dix Commandements et une grande partie d’Exode 21–23 en anglais, présentant ses lois comme héritières de la loi de Moïse.

Au milieu du dixième siècle, un prêtre nommé Aldred écrivit des mots anglais entre les lignes des Évangiles de Lindisfarne, en latin, réalisés quelque deux siècles et demi plus tôt. Sa glose est la plus ancienne version anglaise des Évangiles qui nous soit parvenue. À la fin du dixième siècle, un traducteur inconnu produisit les Évangiles en saxon occidental (West Saxon Gospels), les premiers à se lire comme un anglais suivi. Leur Notre Père commence par Fæder ure þu þe eart on heofonum, si þin nama gehalgod : “Père notre, toi qui es dans [les] cieux, soit ton nom sanctifié.”

Le moine Ælfric, qui traduisit une partie de la Genèse, craignait dans sa préface que des lecteurs simples n’imitent les nombreuses épouses des patriarches sans saisir le sens spirituel. Les traducteurs pèsent encore ce risque (voir Mot à mot ou sens pour sens ?). Après 1066, le français et le latin dominèrent, et une Bible anglaise complète dut attendre les wycliffites.

Les Anglo-Saxons travaillaient à partir du latin, sous des formes allant de la glose au vers libre. Open Word Bible offre une gamme semblable en un seul endroit, à partir de l’hébreu et du grec : une glose mot à mot de l’hébreu ou du grec sous chaque phrase, et trois niveaux lisibles au-dessus (voir Littérale, Équilibrée, Simple : trois niveaux, un seul sens). Comme Ælfric, elle s’explique : chaque décision est consignée avec ses raisons, et puisque les ébauches sont réalisées avec l’aide de l’IA et pas encore relues, ces raisons sont là pour être contestées.

Sources

  • Bede. Bede’s Ecclesiastical History of the English People. Édité et traduit par Bertram Colgrave et R. A. B. Mynors. Oxford: Clarendon Press, 1969. Contient la Lettre sur la mort de Bède de Cuthbert.
  • Brown, Michelle P. The Lindisfarne Gospels: Society, Spirituality and the Scribe. London: British Library, 2003.
  • Keynes, Simon, et Michael Lapidge, trad. Alfred the Great: Asser’s Life of King Alfred and Other Contemporary Sources. Harmondsworth: Penguin, 1983.
  • Liuzza, R. M., éd. The Old English Version of the Gospels. 2 vol. Early English Text Society. Oxford: Oxford University Press, 1994–2000.
  • Marsden, Richard, éd. The Old English Heptateuch and Ælfric’s Libellus de veteri testamento et novo. Vol. 1. Early English Text Society. Oxford: Oxford University Press, 2008.
  • O’Donnell, Daniel Paul. Cædmon’s Hymn: A Multimedia Study, Archive and Edition. Cambridge: D. S. Brewer, 2005.
  • Les citations bibliques sont des traductions littérales propres à cet article ; les citations en vieil anglais sont données dans leur forme d’origine, avec une traduction.